L’archevêque métropolitain de Kinshasa, le cardinal Fridolin Ambongo Besungu, dénonce le blocage du dialogue national et la persistance de la guerre en République démocratique du Congo (RDC). Lors de son intervention, lundi 26 octobre, à la rencontre interreligieuse organisée par la Communauté de Sant’Egidio à Assise, en Italie, il a pointé du doigt les préalables, les lignes rouges et les exclusions décidées à l’avance, qu’il considère comme des obstacles majeurs à la tenue de ce dialogue.
« Aujourd’hui, pourtant, ce dialogue est bloqué. On pose des préalables, on trace des lignes rouges, on décide à l’avance qui pourra s’asseoir à la table et qui en sera exclu. Je comprends les blessures et les méfiances : elles sont réelles, et le sang versé crie justice. Mais je dois le dire avec clarté : sans dialogue, il n’y aura pas de paix. La force militaire seule n’apportera pas la paix au Congo ; seul un processus politique inclusif le pourra », a déclaré le cardinal Ambongo.
Et de poursuivre : « Un dialogue qui exclut ceux avec qui l’on est en guerre n’est pas un dialogue : c’est un monologue. Le dialogue est le mot sacré, le mot-clé qui peut nous sauver, et il faut avoir le courage de le mener, même avec ceux que nous considérons comme des ennemis. La paix ne se fait pas entre amis ; elle se fait entre adversaires qui acceptent de se reconnaître comme frères. »
Pour l’archevêque métropolitain de Kinshasa, le recours aux armes ne peut conduire à une paix durable. « La force des armes produit des vainqueurs et des vaincus, des veuves et des orphelins. La force du dialogue produit des frères. C’est cette force-là que nous sommes venus chercher à Assise », a-t-il souligné.
Le prélat a également dénoncé la dévalorisation de la vie humaine au profit de la lutte pour le contrôle des ressources naturelles, qu’il considère comme l’une des causes de la persistance du conflit en RDC. Il a aussi déploré le manque d’actions concrètes des autorités congolaises et le silence de la communauté internationale face aux souffrances des populations.
« Pourquoi cette guerre dure-t-elle ? Parce qu’au Congo, l’être humain a perdu sa valeur. Sa dignité d’être créé à l’image de Dieu n’est plus reconnue ; seuls comptent les minerais et les richesses. Le coltan, la cassitérite, l’or de nos collines nourrissent la guerre au lieu de nourrir nos enfants. Il y a là une double injustice : une injustice intérieure, quand la richesse se concentre entre les mains d’une petite minorité tandis que l’immense majorité vit dans la pauvreté ; et une injustice extérieure, quand des intérêts étrangers, voisins ou lointains, se disputent nos ressources », a déploré le numéro un de l’Église catholique en RDC.
Cette prise de position du cardinal Ambongo intervient alors que Kinshasa maintient sa position de ne pas associer le mouvement politico-militaire Front pour la Refondation (FRN) de l’ancien Président Joseph Kabila au dialogue national annoncé par le président Félix Tshisekedi. La convocation de ces assises se fait toujours attendre, tandis que les divergences autour de la participation des différentes parties prenantes continuent de compliquer leur organisation.






