Un passeport retenu, une disparition de quelques heures, puis un lieu de détention. Dimanche 25 octobre, à l’aéroport international de N’Djili, Prince Epenge, président de l’ADD Congo et porte-parole de Lamuka, a été empêché de partir pour Rome. Il s’apprêtait à embarquer avec Martin Fayulu et le député Jean-Baptiste Kasekwa pour la réunion de la Coalition Article 64 (C64).
Dans un communiqué signé de son premier vice-président, Jean-Félix Nsenga, Lamuka dénonce un « enlèvement » : les services de la Direction générale de migration (DGM) ont retenu les passeports des trois hommes. Ceux de Martin Fayulu et de Jean-Baptiste Kasekwa ont été restitués. Celui de Prince Epenge, non. La coalition affirme qu’il a ensuite été emmené par des individus non identifiés vers une destination non communiquée, sans que son lieu de détention ni les motifs de son interpellation aient été officiellement indiqués à ses proches. Lamuka dit craindre pour sa sécurité et son intégrité physique, rappelle les droits à la liberté de circulation, à la sûreté individuelle et au respect des procédures judiciaires garantis par les articles 17, 18 et 30 de la Constitution, et exige sa localisation officielle, sa libération sans condition et la restitution de son passeport.
Le lieu a fini par être connu. Prince Epenge a été localisé au CNC, selon un compte rendu du 26 octobre. L’entourage de Martin Fayulu tient « les autorités » pour responsables de sa sécurité et exige sa libération immédiate et inconditionnelle, ainsi qu’un accès sans délai à son traitement médical.
À l’aéroport, la DGM a donné une explication judiciaire. Les agents lui ont indiqué qu’il devait répondre à une convocation de la justice. Le président de l’ADD Congo affirme n’en avoir jamais reçu. Selon les informations disponibles, la procédure serait liée à l’affaire Manassé Lomboto, du nom d’un jeune militant de son parti mort après la marche de la C64 du 15 septembre à Kinshasa. Prince Epenge avait alors mis en cause des militants de la Force du progrès et réclamé une enquête indépendante. Ce lien n’est pas confirmé officiellement. Un média congolais, cité par plusieurs relais, évoque une interpellation pour « propagation de faux bruits » et « obstruction à la justice ». Cette qualification n’a pas été confirmée par une source judiciaire.
Pour l’opposition, l’enjeu dépasse le dossier. L’interdiction de voyager le prive des assises de Rome, prévues les 26 et 27 octobre pour harmoniser les positions des dirigeants de la C64 sur le dialogue national, la Constitution et le Front pour la refondation de la nation. L’opposition y voit une mesure destinée à affaiblir cette rencontre, d’autant que le passeport de Martin Fayulu avait aussi été retenu un temps, et que celui de Prince Epenge avait déjà été saisi à N’Djili le 10 août.
Lamuka prend à témoin l’opinion nationale et internationale, les organisations de défense des droits humains et les représentations diplomatiques accréditées en RDC. « Aucune divergence politique ne saurait justifier qu’un citoyen soit privé de ses libertés en dehors des garanties prévues par la loi », écrit la coalition. La réunion de la C64 à Rome est prévue lundi 26 et mardi 27 octobre.






