Kinshasa plaide pour Pretoria. Pretoria applaudit Kigali. Et Kigali remercie son « cher frère ». Le Grand Prix de Formule 1 au Rwanda a tourné, en quelques jours, au camouflet diplomatique pour la RDC.
Le 13 octobre, le patron de la Formule 1, Stefano Domenicali, annonce à Kigali, aux côtés de Paul Kagame, un accord de dix ans pour accueillir le Grand Prix d’Afrique à partir du début des années 2030. La course revient sur le continent pour la première fois depuis 1993. Le circuit doit être construit à Bugesera.
Le 15 octobre, Cyril Ramaphosa félicite publiquement son homologue rwandais. Il présente l’accord comme la reconnaissance des capacités du Rwanda à accueillir de grands événements. Il propose aussi l’aide de l’Afrique du Sud, qui avait organisé le dernier Grand Prix du continent. Paul Kagame lui répond sans protocole : « Merci, mon cher frère. » Interrogé ensuite sur la défaite de son pays, le président sud-africain a présenté la victoire du Rwanda comme une victoire de l’Afrique entière.
À Kinshasa, la lecture est inverse. Dans un communiqué publié le 15 octobre, la ministre d’État des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, rappelle avoir averti la Formule 1 dès février 2025 qu’accorder cette course au Rwanda serait « moralement indéfendable ». Elle estime que cette tribune polirait l’image d’un dirigeant autoritaire, et affirme que les États-Unis ont, depuis sa lettre, sanctionné l’armée rwandaise et quatre hauts gradés. Elle demande à la Formule 1 d’exiger des garanties indépendantes que l’argent du Grand Prix ne vient ni de minerais liés au conflit ni de l’exploitation des ressources congolaises.
Reste la dernière phrase de la ministre, qui pèse plus lourd que le reste. La RDC soutiendrait toujours une candidature sud-africaine. Kinshasa défend ainsi un candidat dont le président vient de féliciter son concurrent, et qui, selon les sources disponibles, ne conteste rien.
Le geste de Ramaphosa n’est pourtant pas une surprise. Engagée en 2024 aux côtés de Kinshasa dans la mission de la SADC, avec près de 2 900 militaires annoncés, l’Afrique du Sud avait vu, en 2025, des soldats mourir dans l’Est de la RDC. Ramaphosa avait alors averti Kigali que tirer sur des soldats sud-africains équivaudrait à une déclaration de guerre. Ses propos sur l’armée rwandaise avaient déclenché la riposte de Kagame, qui avait rappelé que la RDF est une armée nationale et non un groupe rebelle.
Puis le ton a changé. En mai 2026, Ramaphosa reconnaissait publiquement les difficultés entre les deux pays, en marge d’un forum économique en Côte d’Ivoire où il a rencontré Kagame. Le 17 juin, les ministres des Affaires étrangères Ronald Lamola et Olivier Nduhungirehe se sont retrouvés à Pretoria pour restaurer des relations plus apaisées. Une rencontre entre les deux présidents était en préparation. Les deux pays sont convenus de lever, d’ici douze mois, le gel des visas sur les passeports ordinaires rwandais. Des analystes rappelaient que la présence sud-africaine dans la mission de la SADC avait fragilisé un rapprochement déjà amorcé.
Rien dans les messages du 15 octobre n’annonce un désengagement de Pretoria envers Kinshasa. Ils rappellent seulement que ses partenaires gardent la liberté de parler à son voisin.
Kigali n’a pas laissé passer l’attaque congolaise. Selon un média rwandais, le ministre des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, a renvoyé la ministre congolaise à une enquête belge sur un possible blanchiment d’argent lié aux revenus miniers et à des proches de Félix Tshisekedi. Kigali rejette depuis le début du conflit l’accusation de soutenir l’AFC/M23, alors que la RDC, les experts de l’ONU et les États-Unis affirment le contraire.
Le levier de Kinshasa reste limité. La RDC ne siège ni à la Formule 1 ni à la FIA, et l’accord de dix ans est déjà signé. Paul Kagame appelle désormais les pays africains à unir leurs efforts pour faire du Grand Prix un succès continental. Le circuit de Bugesera n’existe encore que sur plan.






