Le président n’a pas dit qu’il voulait rester. Il a dit qu’il n’aimait pas la règle qui l’en empêche, et que c’était aux autres de décider. Samedi 24 octobre, devant les députés et sénateurs de l’Union sacrée, Félix Tshisekedi a fait part de ses réserves à l’égard de la Constitution et laissé planer le doute sur ses intentions pour 2028.
« Cette Constitution, je ne l’aime pas, et vous le savez », aurait-il lancé, selon une source présente à la rencontre. Il aurait poursuivi : « Vouloir la changer ou la toucher, c’est votre responsabilité. Si, en 2028, vous refusez, je m’arrête là. » Des propos rapportés au conditionnel, car la réunion s’est tenue à huis clos et aucun enregistrement n’a été diffusé.
Le chef de l’État aurait toutefois insisté sur sa volonté de poursuivre sa mission : mettre le pays sur les rails et installer une paix véritable et durable.
La phrase se prête à deux lectures. La première est celle d’un chef d’État qui rappelle qu’il quittera le pouvoir si sa majorité ne se range pas derrière un changement de texte. La seconde, celle d’une main tendue à ses élus : à eux de prendre l’initiative, à lui d’en profiter. Dans les deux cas, Félix Tshisekedi ne s’engage pas à partir. Il conditionne son départ au refus de la majorité, ce qui est bien différent d’un engagement à respecter la limite des deux mandats.
Ce n’est pas la première fois qu’il déplace la charge sur d’autres. En octobre 2024 à Kisangani, il avait déjà jugé la Constitution actuelle mal rédigée et annoncé une commission pour en écrire une nouvelle, tout en affirmant que changer le nombre de mandats présidentiels n’était « pas la tâche du président » et que c’était au peuple de décider. Son parti, l’UDPS, avait ensuite officiellement lancé sa campagne en faveur d’une révision. La Conférence épiscopale nationale avait alors qualifié cette démarche de dangereuse pour la cohésion nationale.
Samedi, il a aussi évoqué le dialogue national. Il a demandé aux élus d’en expliquer le sens à leurs électeurs : il ne s’agit pas, selon lui, d’un exercice destiné à le maintenir au pouvoir, mais de rendre au pays une certaine normalité.
La rencontre intervient au lendemain du vote, par l’Assemblée nationale, de la loi sur le référendum, que le Sénat doit encore examiner. Ce texte ne modifie pas la Constitution, mais il en encadre la révision. Elle a aussi eu lieu juste après l’entrée officielle de Joseph Kabila dans la rébellion, une situation que le président a décrite à ses cadres comme « sous contrôle ».
La Constitution de 2006 limite à deux le nombre de mandats présidentiels. L’article 220 interdit de toucher à cette règle, y compris par référendum. Quelles que soient les intentions du président, la question restera de savoir comment ses partisans comptent contourner cette limite, ou la respecter.






