Il avait promis de parler « dans les heures, jours ou semaines à venir ». Il n’aura fallu que trois jours. Lundi 12 octobre, à Goma, l’ancien président Joseph Kabila a été annoncé à la tête d’une nouvelle plateforme politico-militaire, le Front pour la refondation de la nation (FRN), qui prend la place de l’AFC/M23.
La plateforme réunit des figures clés de l’AFC/M23 et se positionne contre le gouvernement de Kinshasa. Corneille Nangaa et Bertrand Bisimwa, leaders du mouvement, en sont vice-présidents. Sultani Makenga en est le chef d’état-major général, Freddy Kaniki le secrétaire général, Benjamin Bonimpa son adjoint. Le document d’annonce affirme que l’existence de l’AFC a pris fin et que le FRN lui succède.
Une source proche de Joseph Kabila, jointe par notre rédaction, résume la situation sans détour : « le M23 n’existe plus, et la nouvelle plateforme prend désormais les choses en main. »
Le discours du 9 octobre faisait figure de prélude. Depuis un lieu non identifié, Joseph Kabila y avait accusé le pouvoir de poursuivre une guerre qu’il n’a ni la volonté ni les moyens de gagner, et conclu qu’il n’y avait rien à attendre de lui. Quelques heures plus tard, Peter Kazadi, ancien ministre de l’Intérieur, affirmait que Kabila s’apprêtait à lancer une nouvelle rébellion, en assurant s’appuyer sur des informations vérifiées. Il n’en avait pas apporté la preuve, et l’ancien président n’avait rien annoncé de tel dans son allocution.
La recomposition n’est pas sortie de nulle part. Le rapport final du Groupe d’experts de l’ONU, daté du 11 juin 2026, évoquait déjà une restructuration de l’AFC/M23, avec un changement de nom et un rôle de premier plan pour Kabila. Les experts décrivaient aussi des liens publics de plus en plus étroits entre l’ancien président et le mouvement, avec des déplacements fréquents dans les territoires qu’il contrôle depuis mai 2025 et des réunions avec ses hauts responsables.
Le même rapport pointait une faille interne. Kabila et Nangaa nourriraient l’ambition de s’emparer du pouvoir à Kinshasa, quand la plupart des dirigeants du M23 s’opposaient à des opérations au-delà du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Une annexe faisait état de la méfiance de Sultani Makenga envers Kabila. Le chef militaire figure pourtant au sommet du nouvel organigramme.
Le parcours de l’ancien chef de l’État rend l’annonce plus lourde encore. Il a été condamné à mort par contumace en septembre 2025 par la Haute Cour militaire, notamment pour trahison et complicité avec l’AFC/M23. Il a toujours nié tout lien avec le M23 et le Rwanda, et dénoncé un procès politique. Le voilà désormais présenté comme le président d’une organisation qui a absorbé ce mouvement.
Sa prise de parole du 9 octobre avait déjà provoqué une riposte immédiate du gouvernement. Le porte-parole Patrick Muyaya avait qualifié Kabila d’« homme du passé » et l’avait accusé d’entretenir des liens avec le Rwanda et l’AFC/M23. Au moment de l’annonce, l’AFC/M23 et Kinshasa n’avaient pas réagi, d’après les premiers comptes rendus.
Le moment est sensible. Le Panel des facilitateurs de l’Union africaine, qui venait de passer une semaine à Goma et à Kigali, a été reçu à Kinshasa par Félix Tshisekedi, puis doit se rendre à Beni et à Bunia. Le gouvernement et l’AFC/M23 restent par ailleurs engagés dans les négociations de Doha, sous médiation du Qatar. Ce que devient le M23 dans ce cadre, et qui représentera désormais le mouvement à la table des discussions, n’a pas été précisé.






