Deux opposants ont répondu au chef de l’État, et l’un d’eux dit avoir tout vu. Après les déclarations de Félix Tshisekedi à Moscou sur la mort de Manassé Lomboto et l’arrestation de Prince Epenge, Jean-Marc Kabund et Martin Fayulu contestent sa version et réclament la vérité.
Vendredi 30 octobre, devant la diaspora congolaise de Russie, le président avait affirmé que le jeune militant était mort des suites d’une maladie, et présenté l’arrestation de Prince Epenge comme une démarche judiciaire. Interrogé sur la volonté de l’opposant de se rendre en Europe, il l’a interpellé en lingala : « O lingi o kende poto pwa nini ? Yaka nanu ko expliquer biso. Yaka nanu awa… » Ce que l’on peut rendre par : « Pourquoi voulais-tu aller en Europe ? Viens d’abord nous expliquer. Viens d’abord ici… »
Jean-Marc Kabund, président de l’Alliance pour le changement, se dit prêt à témoigner devant la justice.
« Je voudrais enfin vous rappeler un fait dont je suis personnellement témoin : j’ai vu de mes propres yeux Manassé Lomboto participer à cette marche. Je l’ai aperçu quelques minutes seulement avant l’attaque à la machette dont nous avons été victimes devant le siège de l’UDPS, votre propre parti politique. Je suis disposé à apporter ce témoignage devant les instances judiciaires compétentes. La vérité ne devrait faire peur à personne, et encore moins à ceux qui prétendent gouverner au nom de l’État de droit », a-t-il déclaré.
Il s’adresse aussi directement au chef de l’État sur la procédure.
« Monsieur le Président, même si vos déclarations faites depuis la Russie donnent le sentiment que le sort judiciaire de Prince Epenge est déjà décidé au sommet de l’État, je tiens à vous rappeler une exigence fondamentale : ce sont les faits et le droit qui doivent déterminer l’issue d’un procès, jamais les convictions ou les déclarations du pouvoir politique. » Il prévient : « En vous exprimant publiquement sur une affaire qui relève désormais de l’appréciation des juges, vous prenez le risque de transformer vos déclarations en une véritable injonction politique adressée aux magistrats chargés d’instruire le dossier. »
Martin Fayulu, président de l’ECiDé, est plus direct sur les responsabilités.
« Que le pouvoir de Kinshasa l’entende clairement : Manassé Lomboto est mort des suites de l’agression du 15 septembre, attribuée à la milice « Force du progrès » de l’UDPS Tshisekedi. Aucune intimidation ne fera taire la vérité ! Cessez de harceler les membres de Lamuka et de la C64. Nous exigeons une enquête indépendante et la justice pour Manassé. »
Deux versions s’opposent donc. Pour le président, Manassé Lomboto est mort d’une maladie, ce qu’il présente comme un démenti aux accusations de la coalition Article 64. Pour la C64 et ses leaders, il a été tué lors de la répression de la marche du 15 septembre, accusation qui vise la Force du progrès, groupe de militants de l’UDPS.
Le dossier avance par la voie judiciaire. Prince Epenge, président de l’ADD Congo et porte-parole de Lamuka, interpellé le 25 octobre à l’aéroport de N’Djili, est poursuivi pour propagation de faux bruits en lien avec la mort de Manassé Lomboto, responsable de la sécurité de son parti, tué à 25 ans. Le tribunal ne lui a pas accordé la liberté provisoire, et il a été transféré le 31 octobre à la prison centrale de Makala.






