Mercredi 28 octobre, le Trésor américain a sanctionné le ministère rwandais de la Défense et Zigama Credit and Savings Society, une institution financière rwandaise, pour leur rôle présumé dans le soutien au M23 et à sa branche politique, l’Alliance Fleuve Congo, dans l’Est de la RDC. Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a présenté la mesure comme l’application d’une promesse du président Donald Trump de tenir le Rwanda responsable de ses engagements au titre des accords de Washington. Il exige que Kigali cesse son soutien au M23 et retire ses troupes de l’Est de la RDC.
Le Trésor accuse d’abord la machine militaire. Selon lui, la sécurité rwandaise, y compris la Rwanda Defence Force, a déployé des milliers de soldats dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, et fourni au M23 armes, équipement, formation et appui logistique. Le ministère de la Défense est l’organisation faîtière des services de sécurité rwandais, dont la RDF, déjà sanctionnée le 2 mars 2026. Cette dernière sanction avait visé l’armée et quatre officiers supérieurs, dont le chef d’état-major, Vincent Nyakarundi.
Zigama, elle, incarne le volet financier. Selon Washington, cette institution, qui opère pour le compte des services de sécurité rwandais, a facilité des paiements à des entités en Chine et ailleurs pour acheter des armes, des munitions et des équipements militaires destinés à la RDF, ainsi que des frais de voyage et d’hébergement liés à des formations. Le Trésor affirme aussi qu’une agence de Zigama a permis d’acheminer de l’or de territoires contrôlés par le M23 vers Kigali, et qu’elle a facilité pour le M23 et l’AFC des transactions de plusieurs dizaines de millions de dollars. Selon RFI, la mesure gèle les avoirs de ces entités placés sous juridiction américaine et interdit en principe aux personnes et entreprises américaines de traiter avec elles.

À Kinshasa, la satisfaction est complète. Dans un communiqué du 28 octobre, le gouvernement salue la décision et remercie les États-Unis et leur président. Il y voit la confirmation que le M23, « quel que soit son nom d’emprunt », reste armé et financé depuis Kigali, et affirme que l’armée rwandaise et ses supplétifs continuent de violer l’intégrité territoriale, de tuer des civils, de commettre des violences sexuelles et de piller les ressources du pays. Ces accusations sont celles du gouvernement congolais. « Ces sanctions envoient un message clair : le Rwanda ne peut pas agir en toute impunité », ajoute le ministère des Affaires étrangères.
Le texte a aussi une portée plus large. Kinshasa y dénonce un environnement international « excessivement permissif », qui protège l’image de modèle de réussite du Rwanda. Il appelle les États, les organisations internationales et les partenaires commerciaux, y compris les sponsors sportifs et les investisseurs, à réexaminer leurs relations avec Kigali. Le message n’est pas anodin : il fait écho à la polémique sur le Grand Prix de Formule 1 au Rwanda, que la RDC avait vivement contestée quelques jours plus tôt.
Le gouvernement congolais se met aussi en position de bon élève sur le dossier des FDLR. Il affirme que plus de 800 personnes, combattants et dépendants, se sont rendues à la MONUSCO depuis janvier 2025, après des efforts de sensibilisation et de démobilisation. Il rappelle que le retrait des forces rwandaises est une obligation découlant de l’accord de Washington et de la résolution 2773 du Conseil de sécurité, et l’exige « sans conditions préalables ».
Kigali conteste ce récit. La porte-parole du gouvernement, Yolande Makolo, renvoie la balle dans le camp congolais : les accords de Washington contiennent des engagements clairs, en particulier la neutralisation des FDLR, qu’elle présente comme une milice génocidaire soutenue par la RDC. Ces engagements, dit-elle, n’ont absolument pas été respectés, sans qu’aucune responsabilité soit engagée. Le Rwanda se dit prêt à appliquer pleinement les accords, à condition que la RDC en fasse autant et que le médiateur veille à ce que toutes les parties rendent des comptes. Selon le New York Times, Kigali reproche aussi aux États-Unis de n’avoir pas puni le gouvernement congolais pour avoir soutenu un groupe lié au génocide de 1994.
Le chef de la diplomatie rwandaise, Olivier Nduhungirehe, avait pris les devants quelques heures plus tôt. En marge du sommet Russie-Afrique de Moscou, il avait déclaré à l’AFP que la situation politique et sécuritaire en RDC relevait avant tout d’une question congolaise, refusant que son pays serve de « bouc émissaire » de la crise et rejetant toute responsabilité dans les violences de l’Est. Il a aussi contesté les accusations de Kinshasa présentant Joseph Kabila comme un relais de Kigali, après le rapprochement de l’ancien président avec le M23, y voyant un dossier à régler politiquement entre Congolais. Il a enfin confirmé des discussions avec cinq pays européens (Danemark, Autriche, Grèce, Allemagne, Pays-Bas) sur l’installation au Rwanda d’un centre d’accueil pour migrants expulsés de l’Union européenne, sans détails.
Les experts de l’ONU affirment pourtant que le Rwanda exerce un contrôle important sur le M23 et maintient des milliers de soldats en RDC, ce que Kigali dément. Les combats se poursuivent malgré l’accord de paix signé en décembre sous médiation américaine, alors que l’Est fait face à une épidémie d’Ebola ayant fait près de 5 000 morts, selon l’AFP.
La mesure divise aussi les observateurs. Tibor Nagy, ancien secrétaire d’État adjoint américain pour l’Afrique, plaide pour une approche impartiale : sanctionner un seul camp, estime-t-il, risque de compromettre les efforts vers une paix durable. Il rappelle que le gouvernement Tshisekedi a lui aussi des alliés et des mandataires accusés de menacer le Rwanda, et demande pourquoi ne pas sanctionner tous ceux qui alimentent le conflit, quel que soit leur camp.






