Les chars roulent dans les rues d’Alamata. Des images diffusées sur les réseaux sociaux montrent des blindés de l’armée dans la ville, et le nord de l’Éthiopie replonge dans la guerre, près de quatre ans après la fin du conflit de novembre 2022.
Au moins 52 civils ont été tués en trois jours de combats intenses autour d’Alamata, selon des sources hospitalières citées par la BBC. Un médecin de l’hôpital général de la ville affirme que douze d’entre eux sont morts dans une seule attaque visant le marché. Les affrontements, de samedi à lundi, ont mobilisé de l’artillerie et des explosifs lourds, dont certains sont tombés sur des habitations.
Une milice tigréenne favorable au gouvernement fédéral a annoncé lundi 28 septembre la prise de la ville. Les autorités municipales ont elles aussi affirmé que l’armée fédérale en avait repris le contrôle après d’intenses combats, mais l’information reste à confirmer officiellement. Située à environ 120 kilomètres au sud de Mekele, Alamata occupe une position stratégique sur un axe routier majeur. Les troupes gouvernementales semblent vouloir poursuivre vers le nord, en direction de Mekele, la principale ville de la région.
Les bilans et le contrôle du terrain restent difficiles à établir. Les deux camps se rejettent la responsabilité du déclenchement des combats, et la BBC dit ne pas pouvoir travailler au Tigré, où les communications sont coupées. Les services bancaires y ont été suspendus par le gouvernement, et l’accès à internet a été coupé sans que l’on sache qui en a donné l’ordre.
Le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) et six autres groupes armés avaient annoncé la création d’une alliance destinée à renverser le gouvernement du Premier ministre Abiy Ahmed. Les affrontements se sont étendus aux régions voisines de l’Amhara et de l’Afar. Le 20 septembre, plusieurs groupes armés ont rejoint cette alliance.
Abiy Ahmed dirige le gouvernement éthiopien depuis le 2 avril 2018, date de sa prestation de serment devant le Parlement. Son Parti de la prospérité a remporté environ 90 % des sièges de la chambre basse aux législatives du 1er juin 2026. La nouvelle Chambre des représentants du peuple doit élire le Premier ministre à l’ouverture de la session parlementaire, entre fin septembre et début octobre. Le scrutin n’a pas eu lieu au Tigré, la commission électorale invoquant les conditions héritées de la guerre de 2020-2022.
Le conflit déborde aussi sur le plan diplomatique. Le gouvernement accuse l’Érythrée de soutenir les groupes armés, ce qu’Asmara dément. Début octobre, l’Éthiopie a expulsé dix diplomates érythréens, qu’elle considère comme une menace pour sa sécurité nationale, et fermé son ambassade à Asmara. L’Érythrée a répliqué en rompant toutes ses relations diplomatiques avec l’Éthiopie.
Les rapports entre les deux pays s’étaient pourtant améliorés après l’arrivée d’Abiy Ahmed au pouvoir. L’Érythrée avait ensuite combattu aux côtés des forces fédérales contre les forces tigréennes pendant la guerre de 2020 à 2022. Les tensions se sont depuis fortement ravivées, notamment autour de l’ambition éthiopienne d’obtenir un accès à la mer Rouge. En février, le Premier ministre a reconnu pour la première fois devant le Parlement l’implication des forces érythréennes dans la guerre au Tigré entre 2021 et 2022. L’Éthiopie a aussi accusé l’Érythrée d’agression et d’incursion sur son territoire, et lui a demandé de retirer ses troupes.
La guerre de 2020-2022 a fait 600 000 morts selon des chiffres de l’Union africaine, que certains analystes jugent sous-évalués. Plus d’un million de Tigréens déplacés attendaient toujours, début 2026, de pouvoir rentrer chez eux, alors que ces retours étaient prévus par les accords de Pretoria.






