En vingt-quatre heures, Floribert Anzuluni a remis à Faure Gnassingbé et à João Lourenço un message du chef de l’État congolais sur la reddition des rebelles hutus rwandais. Kinshasa cherche des garants avant que la mise en œuvre ne commence vraiment.
Deux capitales, une même valise diplomatique. Le ministre congolais de l’Intégration régionale a été reçu mardi 29 septembre à Lomé par Faure Gnassingbé, puis mercredi 30 septembre à Luanda par João Lourenço. À chaque étape, il était accompagné de Sumbu Sita, Haut représentant du chef de l’État, et porteur d’un message spécial de Félix Tshisekedi sur le processus de paix dans l’Est de la RDC.
Un protocole à faire signer par les parrains
Au centre des échanges : le « Protocole de désarmement, démobilisation et de cantonnement des FDLR par la sensibilisation ». Le texte organise la reddition volontaire de ce mouvement rebelle hutu rwandais, qui y a récemment souscrit selon la partie congolaise. Le choix de la sensibilisation plutôt que de la contrainte définit la méthode : Kinshasa mise sur la persuasion, pas sur l’offensive.
À Luanda, Anzuluni a présenté l’état d’avancement du protocole et la feuille de route des prochaines étapes. Kinshasa informe en parallèle ses différents partenaires des évolutions intervenues depuis la publication du texte, précise son ministère, dans l’espoir d’obtenir l’accompagnement des acteurs régionaux et internationaux pour rétablir une paix durable dans l’Est du pays et dans la région des Grands Lacs.
Lomé, deuxième visite en quelques semaines
Faure Gnassingbé n’est pas un interlocuteur ordinaire. Président du Conseil togolais, il a été désigné par l’Union africaine comme médiateur dans le processus de paix en RDC. Et Anzuluni n’y venait pas pour la première fois. « Nous étions venus ici il y a quelques semaines porter le message auprès du Président de la République, et nous sommes revenus aujourd’hui pour le mettre à jour sur les évolutions importantes », a-t-il déclaré à l’issue de l’audience.
Ce second passage en si peu de temps montre que le dossier avance suffisamment vite pour justifier une actualisation, ou que Kinshasa juge nécessaire de rassurer régulièrement un médiateur dont la validation compte. Le ministre a également détaillé les prochaines étapes du processus, sans que leur contenu ni leur calendrier aient été rendus publics.

Washington, le cadre et la pression
L’initiative s’inscrit dans les accords de Washington, signés en décembre 2025 entre la RDC et le Rwanda sous l’égide des États-Unis. À Luanda, le ministre a répété que Kinshasa tenait à honorer ses engagements : « La RDC est déterminée à respecter ses engagements pris dans le cadre des accords de paix de Washington. » Que le gouvernement congolais éprouve le besoin de le proclamer devant ses partenaires en dit long sur la surveillance dont il fait l’objet.
Les FDLR sont depuis des années au cœur du contentieux avec Kigali, qui en a fait l’un de ses arguments sécuritaires face à son voisin. Le dossier de leur désarmement conditionne donc en grande partie la crédibilité de l’ensemble du dispositif de Washington.
Ce que Kigali dira, et ce que le terrain permettra
À ce stade, les éléments rendus publics ne précisent ni le nombre de combattants concernés, ni les sites de cantonnement, ni le calendrier de reddition. Le Rwanda n’a pas non plus été associé à ces audiences, du moins publiquement. Sa réaction sera déterminante : Kigali se contentera-t-elle d’un processus fondé sur la reddition volontaire, ou exigera-t-elle des résultats vérifiables et des garanties plus contraignantes ? Sa réponse dira si le protocole est perçu comme un progrès ou comme une réponse insuffisante à ses préoccupations.
Reste l’épreuve du terrain. Cantonner des combattants dans l’Est de la RDC suppose d’identifier des sites accessibles et sécurisés, d’organiser leur prise en charge, puis de garantir que ces zones ne deviennent pas des cibles ni des points de friction avec les autres groupes armés actifs dans la région. Aucune de ces questions logistiques n’a reçu de réponse publique. C’est là, bien plus que dans les salons présidentiels de Lomé et de Luanda, que le protocole sera jugé.






